Maria Valtorta | Tome 1 – Chapitre 05 : Anne avec un cantique annonce sa maternité

Je revois la maison de Joachim et de Anne. Rien de changé à l’intérieur, à part une multitude de branches fleuries disposées çà et là dans des amphores et qui proviennent certainement de la taille des arbres du jardin, tout en fleurs. C’est une nuée de bouquets dont la couleur varie du blanc neige au rouge de certains coraux. Le travail d’Anne, aussi, est différent. Sur un métier plus petit que l’autre, elle tisse de belles toiles de lin et chante en marquant avec son pied le rythme du chant.

Elle chante et sourit… À qui ? à elle-même, à quelque vision en son intérieur. Le chant est lent et pourtant joyeux. Je l’ai écrit à part pour l’avoir complet, car elle le répète plusieurs fois y trouvant une sorte de béatitude. Elle le chante avec toujours plus de force et d’assurance, comme si elle en avait trouvé le rythme en son cœur. D’abord elle le murmure en sourdine et puis, plus assurée, elle le chante sur un ton plus haut et plus rapidement. Je le transcris parce qu’il est si doux dans sa simplicité :

« Gloire au Seigneur tout puissant qui a aimé la descendance de David. Gloire au Seigneur ! Sa suprême grâce, depuis le Ciel, m’a visitée, la vieille plante a poussé une nouvelle branche, et je suis bienheureuse. Pour la fête des lumières l’espérance a jeté sa semence ; l’air embaumé du mois de Nisam la voit germer. Ma chair au printemps est comme l’amandier en fleurs. Au soir de la vie, elle sent qu’elle porte son fruit. Sur cette branche est une rose, un fruit des plus doux.

Une étoile qui scintille, une jeune vie innocente. C’est la joie de la maison, de l’époux et de l’épouse. Louange à Dieu, au Seigneur, qui de moi a eu pitié. Sa lumière me l’a annoncé : une étoile viendra vers toi. Gloire, gloire ! C’est à toi que sera le fruit de la plante, le premier fruit et le dernier, saint et pur comme un don du Seigneur. C’est à toi qu’il sera, et par lui arrive joie et paix sur la terre. Vole, navette. Ton fil tissera la toile de l’enfant. Il va naître ! à Dieu, dans l’allégresse, va le chant de mon cœur. »

Joachim entre quand pour la quatrième fois elle va redire son chant.

« Tu es heureuse, Anne ? Tu me sembles un oiseau qui prélude au printemps. Qu’est-ce que ce chant ? Je ne l’ai jamais entendu de personne. D’où vient-il ? »

 « De mon cœur, Joachim. »

Anne s’est levée et maintenant va vers son époux toute riante. Elle paraît plus jeune et plus belle.

« Je ne te savais pas poète »

dit son mari en la regardant avec une admiration manifeste. On ne croirait pas deux vieux époux. En leur regard c’est une tendresse de jeunes mariés.

« Je viens du fond du jardin t’ayant entendu chanter. Cela fait des années que je n’avais entendu ta voix de tourterelle enamourée. Veux-tu me répéter ce chant ? »

« Je te le redirais, même si tu ne le demandais pas. Les fils d’Israël ont toujours confié au chant les cris les plus vrais de leurs espérances, de leurs joies, de leurs peines. J’ai confié à mon chant le soin de me dire et de te dire une grande joie. Oui, même de me la redire ; c’est chose si grande que, bien qu’en étant certaine, elle me semble encore irréelle. »

Et elle recommence le chant, mais arrivée à ce passage :

« Sur cette branche est une rose, est un fruit des plus doux, c’est une étoile… »

sa voix vibrante de contralto devient d’abord tremblante et puis se brise. Avec un sanglot de joie, elle regarde Joachim et levant les bras elle crie :

« Je suis mère, mon aimé ! »

et elle se réfugie sur son cœur, entre les bras qu’il lui tend et que maintenant il resserre autour de son heureuse épouse.

Le plus chaste et le plus heureux embrassement que j’aie jamais vu depuis que je suis au monde. Chaste et ardent dans sa chasteté. Puis le doux reproche à travers la chevelure grisonnante d’Anne :

« Et tu ne me l’as pas dit ? »

 

C’est que je voulais en être certaine. Vieille comme je suis… me savoir maman… Vraiment je ne pouvais le croire… et je ne voulais pas te causer une déception plus amère que tout. C’est depuis la fin de décembre que je sens un renouveau de mes entrailles, la poussée d’un nouveau rameau. Mais, maintenant, sur ce rameau c’est le fruit, c’est sûr…

Tu vois ? Cette toile est déjà pour celui qui va arriver. »

 

« N’est-ce pas le lin que tu as acheté à Jérusalem en octobre ? »

 

« Oui. Puis je l’ai filé dans l’attente et l’espoir… J’espérais : le dernier jour, pendant que je priais au Temple, le plus près possible de la maison de Dieu qu’il soit permis à une femme, il se faisait tard… tu te souviens que je dis : « Encore, encore un peu », je ne pouvais m’arracher à ce lieu sans avoir obtenu la grâce. Eh bien : dans l’ombre qui déjà descendait de l’intérieur du lieu sacré, dont je sentais une forte attraction de toute mon âme pour y arracher un « oui » du Dieu qui y est présent, j’ai vu partir une lumière, une merveilleuse étincelle de lumière. Claire et douce comme la lumière lunaire, pourtant elle portait avec elle l’éclat de toutes les perles et gemmes de la terre. Il me semblait qu’une des étoiles précieuses du Voile, les étoiles qui sont sous les pieds des Chérubins, se détachait et prenait la splendeur d’une lumière surnaturelle… Il semblait que de l’au-delà du Voile sacré, de la Gloire elle-même, un feu, rapide, était venu vers moi et en traversant l’air disait comme une voix céleste :

 

 « Ce que tu as demandé t’arrive. »

 

 C’est pour cela que je chante : Une étoile viendra vers toi.

 

Quel fils sera-ce jamais que le nôtre, qui se manifeste comme la lumière d’une étoile dans le Temple et qui dit : « C’est moi » dans la fête des Lumières ? Je pense que tu avais vu juste en me regardant comme une nouvelle Anne d’Elqana. Comment l’appellerons-nous, notre créature que doucement comme le murmure d’un ruisseau je sens en mon sein, qui me parle par les battements de son petit cœur comme une tourterelle que l’on tient au creux de la main ? »

 

« Si c’est un garçon, nous l’appellerons Samuel. Si c’est une fille, Étoile, le mot qui a terminé ton chant pour me donner la joie de me savoir père, la forme qu’elle a prise pour se manifester dans l’ombre sacrée du Temple. »

 

« Étoile, notre étoile. Oui, je ne sais pas, je pense, je pense que ce sera une fille. Il me semble que des caresses si douces ne peuvent venir que d’une très douce petite. En effet, je ne la porte pas, je ne souffre pas. C’est elle qui me porte sur un sentier d’azur et de fleurs, comme si j’étais la petite sœur des anges saints et que la terre fût déjà lointaine… J’ai souvent entendu dire à des femmes que concevoir et porter l’enfant était douloureux. Mais moi, je n’éprouve pas de douleur. Je me sens forte, jeune, fraîche, plus que lorsque je t’ai donné ma virginité à l’époque de ma jeunesse lointaine. Fille de Dieu – car elle est de Dieu plus que de nous, cette fleur éclose sur un tronc desséché – elle ne cause pas de peine à sa maman. Elle ne lui apporte que paix et bénédiction : fruits de Dieu, son vrai Père ! »

 

« Alors nous l’appellerons Marie. Étoile de notre mer, perle, bonheur. C’est le nom de la première grande femme d’Israël. Mais elle n’offensera jamais le Seigneur, à Lui seul elle chantera le poème de sa vie, car elle Lui est offerte : hostie avant de naître. »

 

« C’est notre offrande à Lui, oui. Garçon ou fille, lorsqu’elle aura fait notre joie pendant trois années, nous donnerons notre créature au Seigneur, hosties nous aussi avec elle pour la gloire de Dieu. »

Je ne vois ni n’entends plus rien.

Ces enregistrements audio sont des lectures de la traduction de Felix Sauvage, qui a été éditée de 1979 à 2016.

Felix Sauvage, enseignant retraité à Pont-Audemer, a traduit « Il poema dell’Uomo-Dio » d’italien en français de 1971 à 1976, et a trouvé le titre – qui a depuis été repris pour toutes les autres traductions de l’Oeuvre de Maria Valtorta – « L’Evangile tel qu’il m’a été révélé ». Le 27 décembre 1976, les éditeurs de Maria Valtorta – Claudia et Emilio Pisani – vinrent à l’hospice « Albatros » de Pont-Audemer, où Felix Sauvage leur remit les manuscrits de son travail bénévole. Il meurt le 16 septembre 1978 à l’âge de 87 ans, avant le début de la parution de sa traduction en décembre 1979.

Depuis mars 2017, c’est désormais la nouvelle traduction d’Yves d’Horrer qui est éditée, et qui remplace celle de Felix Sauvage.

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