Maria Valtorta | Tome 1 – Chapitre 09 : D’ici 3 années tu seras là, mon Lys

Je vois Joachim et Anne avec Zacharie et Elisabeth. Ils sortent d’une maison de Jérusalem, certainement maison d’amis ou de parents. Ils se dirigent vers le Temple pour la cérémonie de la purification. Anne a entre ses bras l’enfant, bien emmaillotée mais surtout enveloppée dans une couverture de laine légère qui doit être douce et chaude. Et avec quelle précaution et quel amour elle porte et surveille sa petite créature, soulevant de temps à autre le bord du fin et chaud tissu pour voir si Marie respire bien et la recouvrant ensuite pour l’abriter de l’air froid d’une belle mais froide journée de plein hiver. Elisabeth a des paquets entre les mains. Joachim amène avec une corde les deux agneaux gros et très blancs, des moutons déjà plutôt que des agneaux. Zacharie ne porte rien. Il est très beau dans son habit de lin qu’un lourd manteau de laine, aussi blanche, laisse entrevoir. Un Zacharie beaucoup plus jeune que celui que j’ai déjà vu à la naissance du Baptiste et en pleine force. Elisabeth aussi est une femme d’âge mûr mais qui semble encore fraîche. Chaque fois qu’Anne regarde le bébé, elle se penche extasiée sur le petit visage endormi. Elle aussi est très belle dans un vêtement d’azur qui tend au violet foncé avec un voile qui lui couvre la tête et descend sur les épaules et sur le manteau plus foncé que la robe.

Mais Joachim et Anne, surtout, sont solennels dans leur habit de fête. Contrairement à son habitude, il n’a pas sa tunique marron foncé, mais un long habit d’un rouge très foncé – comme nous dirions maintenant : rouge Saint-Joseph – et les franges de son manteau sont toutes neuves et jolies. Sur la tête il porte aussi une sorte de voile rectangulaire entouré d’une bande circulaire de cuir. Tous ses effets sont neufs et fins. Anne !

Oh ! Ce n’est pas un habit foncé, aujourd’hui ! Elle a un vêtement d’un jaune très clair, presque couleur de vieil ivoire, serré à la ceinture, au cou et aux poignets, d’une bande qui semble d’argent et d’or. La tête est couverte d’un voile très fin qui semble damassé, et aussi retenu sur le front par une mince lame précieuse. Au cou un collie¸ d’orfèvrerie et aux poignets des bracelets. On dirait une vraie reine pour la dignité avec laquelle elle porte le vêtement et surtout le manteau d’un jaune clair bordé d’une grecque en très belle broderie, teinte sur teinte.

« Il me semble te voir le jour de ton mariage. Je n’étais qu’une fillette, alors, mais je me souviens encore comme tu étais belle et heureuse »

lui dit Élisabeth.

« Mais maintenant, je le suis encore davantage… J’ai voulu mettre la même parure pour cette cérémonie. Je l’avais gardée pour ce jour de fête… et je n’espérais plus la mettre pour un jour pareil. »

« Le Seigneur t’a beaucoup aimée… »

dit Élisabeth, avec un soupir.

« C’est pour cela que je Lui donne ce que j’aime le plus : cette fleur… ma fleur. »

« Comment feras-tu pour l’arracher de ton sein quand l’heure sera venue ? »

« Je me rappellerai que je ne l’avais pas et que c’est Dieu qui me l’a donnée. Je serai toujours plus heureuse à cette heure-là, quand je la saurai au Temple, je me dirai :

« Elle prie près du Tabernacle, elle prie le Dieu d’Israël pour sa maman, aussi ».

J’en ressentirai la paix. Et j’éprouverai une plus grande paix en me disant :

« Elle est toute à Lui. Quand ces deux vieillards qui l’ont reçue du Ciel ne seront plus, Lui, l’Éternel sera encore son Père ».

Crois-moi, j’en ai la certitude. Cette enfant ne nous appartient pas. Je n’étais plus en état de rien faire… Lui l’a mise en mon sein, don divin, pour essuyer mes larmes, raffermir notre espérance et notre prière. Elle est donc à Lui.

Pour nous, nous en sommes les heureux gardiens… qu’Il en soit béni ! »

On arrive aux murs du Temple.

« Pendant que vous allez à la porte Nicanore, je vais prévenir le prêtre ; ensuite, je viendrai, moi aussi »

dit Zacharie. Et il disparaît derrière une arcade qui donne accès dans une grande cour entourée de portiques. Le groupe continue à avancer par les terrasses successives. Parce que – je ne sais si je n’en ai jamais parlé – l’enclos du Temple n’est pas au même niveau, mais il monte par paliers successifs de plus en plus élevés. On accède par des marches à chaque palier et à chaque palier il y a des petites cours, des portiques et des entrées magnifiquement travaillées, de marbre, bronze et or.

Avant de rejoindre le lieu du rendez-vous, on s’arrête pour sortir de leur emballage les choses apportées : à savoir des galettes, me semble-t-il, larges et plates bien beurrées, de la farine blanche, deux colombes dans une cage d’osier et deux grosses pièces d’argent : certaines pièces de monnaies tellement lourdes qu’heureusement qu’à cette époque il n’y avait pas de poches, elles les auraient défoncées. Voici la belle porte de Nicanore, toute un travail de broderie en bronze massif laminé d’argent. Zacharie est déjà là à côté d’un prêtre, majestueux dans son habit de lin. Anne reçoit l’aspersion d’une eau, lustrale je suppose, ensuite on lui ordonne d’avancer vers l’autel du sacrifice.

L’Enfant n’est plus dans les bras de la mère. Élisabeth l’a prise et elle reste en dehors de l’entrée. À son tour, Joachim entre derrière sa femme, tirant à reculons un malheureux agneau qui bêle. Et moi… je fais comme pour la purification de Marie : je ferme les yeux pour ne pas voir tout ce carnage. Maintenant Anne est purifiée. Zacharie dit doucement quelques mots à son collègue qui les écoute avec un sourire. Et puis ce dernier rejoint le groupe qui s’est reformé et, félicitant le père et la mère pour leur joie et leur foi aux promesses, reçoit le deuxième agneau, la farine et les galettes.

« Cette fille est donc consacrée au Seigneur ? Sa bénédiction l’accompagnera et vous pareillement. Voici (une autre) Anne qui arrive. Ce sera une de ses maîtresses : Anne de Phanuel de la tribu d’Azer. Viens, femme, cet enfant on l’offre au Temple, tu seras sa maîtresse et sous ta garde elle croîtra en sainteté. Comme une hostie de louange. »

Anne de Phanuel, déjà toute blanche, caresse l’enfant qui s’est éveillée et regarde de ses yeux – innocents et étonnés toute cette blancheur, tout cet or qui brille au soleil. La cérémonie doit être achevée. Je n’ai pas vu de rite spécial pour l’offrande de Marie. Peut-être suffisait-il de le dire au prêtre et surtout à Dieu, auprès du lieu sacré.

« Je voudrais faire l’offrande au Temple et me rendre là où j’ai vu la lumière l’an dernier »

dit Anne. Ils y vont, accompagnés d’Anne de Phanuel. Ils n’entrent pas dans le Temple proprement dit. On le comprend. Il s’agit de femmes et d’une fille. Ils ne vont donc pas à l’endroit où Marie alla offrir son Fils.

Mais, tout près de la porte grande ouverte, ils regardent l’intérieur semi- obscur d’où arrivent de doux chants de jeunes filles, et où brillent des lumières précieuses qui répandent une clarté dorée sur la tête des deux rangées voilées de blanc : deux vraies rangées de lys.

« Dans trois ans, tu seras là aussi, mon Lys »

promet Anne à Marie qui regarde comme fascinée vers l’intérieur et sourit au lent cantique.

« Elle semble comprendre »

dit Anne de Phanuel.

« C’est une belle petite. Elle me sera chère comme si elle était à moi. Je t’en fais la promesse, mère, si l’âge me permet de la réaliser. »

« Tu seras là, femme »

dit Zacharie.

« Tu la recevras parmi les jeunes filles consacrées. Moi aussi, j’y serai. Je veux y être ce jour-là pour lui dire de prier pour nous dès son entrée… »

et il regarde sa femme qui comprend et pousse un soupir. La cérémonie est terminée et Anne de Phanuel se retire, pendant que les autres sortent du Temple, parlant entre eux. J’entends Joachim qui dit :

« Pas seulement mes deux meilleurs agneaux, mais je les aurais tous donnés pour cette joie et pour louer Dieu ! »

Je ne vois rien d’autre.

Ces enregistrements audio sont des lectures de la traduction de Felix Sauvage, qui a été éditée de 1979 à 2016.

Felix Sauvage, enseignant retraité à Pont-Audemer, a traduit « Il poema dell’Uomo-Dio » d’italien en français de 1971 à 1976, et a trouvé le titre – qui a depuis été repris pour toutes les autres traductions de l’Oeuvre de Maria Valtorta – « L’Evangile tel qu’il m’a été révélé ». Le 27 décembre 1976, les éditeurs de Maria Valtorta – Claudia et Emilio Pisani – vinrent à l’hospice « Albatros » de Pont-Audemer, où Felix Sauvage leur remit les manuscrits de son travail bénévole. Il meurt le 16 septembre 1978 à l’âge de 87 ans, avant le début de la parution de sa traduction en décembre 1979.

Depuis mars 2017, c’est désormais la nouvelle traduction d’Yves d’Horrer qui est éditée, et qui remplace celle de Felix Sauvage.

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